Corps #9

Garde-corps…

Chaque jour ressemble au précédent

Surtout l’été

Le soleil se lève sur ma peau

Elle a beau être noire, elle chauffe autant qu’une autre

Faut dire qu’on m’a placé plein sud

Ce qui n’arrange pas, croyez-moi

Quelques heures plus tard ils arrivent

Il sont agités

Pensez-donc, il fait super beau

La mer est magnifique comme à son habitude

– je suis très amoureux d’elle –

Ils viennent de se libérer des autocars climatisés

Ils ont besoin d’air frais, de parfums salés

Et d’horizons marins

Alors ils se jettent sur moi

En courant parfois, surtout les enfants

Qui se collent à moi, s’agrippent à moi

Tentent de me secouer, pétard je ne suis pas un prunier

Mais je suis robuste

Les adultes sont plus calmes je l’admets

C’est leur nombre plutôt qui m’effraie

Quand ils prennent ces photos en groupe contre moi

Je tremble souvent

Ils le sentent ou pas ?

J’ai beau être costaud

Solidement encré dans mon voisin le béton

Noyé dans cette falaise de craie

Il faut que je tienne bon

C’est mon rôle, mon job, comme vous dites

Du côté de l’humanité

Alors je sers les fers et je résiste

Vous avez beau rigoler

Mais vous protéger du vide

C’est vraiment un métier

*

© JPT