Mois : août 2022

Le Système #5 Mars ou L’Encre des Dieux

Cliché 260555. Archives du Système. Crédits réservés 2496.

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Aux premiers jours des mondes et des humains, alors que le temps s’inscrivait en noir et en blanc sur les confins du savoir, le corail marin était le maitre et l’humain vivait à ses pieds.

Un dieu pourtant, dans son ouvrage, approcha l’un de ces mondes humides et sans joie où la couleur était absente. Il contempla la chose sans vie et il lui donna un nom : Mars. A la mémoire d’un des siens, disparu dans la violence. Puis il grava ce mot dans le marbre de l’Histoire. C’était avant le Système.

De son regard, il lécha l’endroit et, jugeant les pâles intentions de l’astre, il prit la palette des couleurs pour choisir un rouge-sang de son gré qu’il offrit au ciel de lait en trois éclats très vifs pour que les humains qui vivaient en écaille marine se dressent sur le sol et se nourrissent de la couleur, afin qu’elle circule en eux et à travers ce monde qui était le leur.

Si fait, la sanguine circula sur Mars, et, par la grâce du carmin, chassa le corail des mers vers des profondeurs que le soleil ne perce pas.

Les humains se firent connaître comme Martiennes et Martiens ; dès lors, ils prirent aise et témérité.

Le dieu s’éloigna, satisfait, en oubliant d’imaginer que la cruauté s’imposerait, que le rouge nourricier se répandrait sur le sol, qu’il souillerait son habit de pierre, qu’il se faufilerait comme une parabole malhabile qui opposerait les humains dans leurs différences, qu’il s’infiltrerait dans le ventre martien pour lui donner cette teinte de rouge moribond que nous lui connaissons au présent.

Ce que les humains auraient dû savoir, c’est que les dieux au travail ne passent qu’une fois sur les mondes tant leur ouvrage est sans fin et que cet ouvrage-là, était fini.

Peut-être qu’un futur au loin verra une déesse besogneuse repasser par ici pour signer de sa main la couleur d’un autre monde, proche, un monde que nous connaissons et dont la surface, nous l’avons vue, est garnie de pommiers.

Sur le marbre, la déesse graverait le nom de cette nouveauté, qu’elle aurait teintée d’azur : Terre. En mémoire à la terre nourricière, car la déesse serait celle qui, en son temps, aurait dessiné puis planté les ciprates de Io. (*)

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© JPT

Illustration : Jean-Pierre Tondini

(*) Le Système #4 Les Ciprates de Io.