Le jade végétal

 

 

Et puis il y a le Bayou,

Louisiane…

 

Vu, l’homme à la barbe blanche

Aux dents ajoutées

aux rides octogénaires

une main nouée sur la barre de sa barque

l’autre embrassant son paradis

nous mener parmi l’eau qui dort

et le jade végétal.

 

Vu, l’aigle qu’on appelle ici pêcheur

sur son arbre d’eau

tout en haut

scruter de son bec le sec de son nid.

 

Vus, les pins, sur la rive sèche

alignés, sentinelles

le panache de leurs coiffes

pâlirait le teint d’un chevalier.

 

Vu, l’animal de crocs et d’écailles

faire tapis sur le tronc d’un arbre

gueule ouverte sur notre passage

entres prédateurs courtoisie est requise.

 

Vu, le volatile aux pattes longues

d’un mannequin de chez Dior

effrayé par nos visages sans plumes

s’éloigner de ses ailes cerf-volant

attendez-nous, ne partez pas,

errons ensemble…

 

Vu, le cyprès Mathusalem

aux pieds dans l’eau enracinés

sa prestance fascine

ses Majestés devraient s’en inspirer.

 

Vu, le ciel bleu-blanc-vert

l’astre au centre

fixer les limites

à l’angle aigu

de notre vue.

 

Vue, la libellule

sa robe est un lait d’émeraude

posée sur le bras délicat

c’est une pétale

tendre, si fragile

à la regarder

nous virons marteau

lourds comme.

 

Vues, tant de choses encore

et puis…

 

Vu, dans ses yeux,

derrière la vitrine Ray-Ban

posée sur son nez

et sur son sourire

le plaisir d’être là, maintenant,

 

car demain comme hier, ces yeux-là le savent, est un autre jour.

*

© JPT
Illustration empruntée à Jacqueline, Beaux Bridge, Louisiane, USA