
*
C’est un temps que la guerre de cent ans
Ne peut pas connaître
C’est ce temps, il y a bien plus de cent ans
Qui le vit naître
En ce temps-là
Les licornes et les loups s’aimaient
Pendant ce temps-là,
Les hommes contre les hommes guerroyaient
*
Dans le village où il naquit
Près du lac qu’une déesse avait béni
Arthur Pinson,
Forgeron,
Alors que l’aube nage dans sa brume
Frappe son enclume
Pour achever dans la foi
La forge d’une épée pour son roi
Le nommé Calibur
Dont le sceau est une hure
*
Dans sa fière entreprise
Dans cette mission qui le grise
Arthur trempe le feu de l’acier
Dans l’eau du lac sacré
Pour en fixer la blancheur
Et la remettre à son roi de cœur
Pour qu’à l’usage
Ce dernier ravage
Les mauvaises graines
Et les pourvoyeurs de haine
*
Ainsi
Le voici
Notre Pinson
Tout gai de raison
Qui se dirige en majesté
Vers Sa Majesté
En son château
(Mère, ce jour qu’il est beau ce château)
Pour cause…
Oyé, que se sache la chose
Le Roi est en noces
Voire en sacerdoce
Ce jour lui sied
Comme pantoufle et chausse-pied
Car qu’on se le dise
Il marie la Denise
Une fille de la ville
Enfin d’une autre ville
*
Mais sans attendre demain
Son œuvre dans les mains
Arthur accoure
S’approche du Roi et de sa cour
S’adresse au trône là-haut
D’un clame fort et chaud :
« Sire voici l’épée commandée
Spécialement recommandée
Par la Dame de notre lac
Pour fendre et mettre à sac
Les méchants, les Vandales
L’envahisseur et le mal
Que notre terre derechef soit vierge
Par votre main et le cierge… »
Et bla et bla et blabla
Son discours n’en finit pas
*
Sa Seigneurie, tassé au fond de son trône
Rêvant le forgeron aphone
Les yeux perdus sur les larges murs
Visiblement de cette épée n’en a cure.
Vaguement, de loin
Il examine l’engin
Plus occupé à reluquer sa promise
– Je rappelle son nom Denise –
A user luth et ritournelle
Pour faire effet sur la belle
Avant de la chevaucher
Eût égard à son rang de Chevalier
*
Pour en finir
Notre Sire
D’un jet se lève pour conclure :
« Il suffit Monsieur je vous jure
Qu’il n’est point le jour
Pour ce genre de détour !
Si fait vous serez
A ce jour désigné Chevalier
A genoux je vous dis
Ce qui est dit est dit »
*
Et voilà notre Arthur
Déjà couvert de l’armure
Adoubé sans effort
De forgeron à redresseur de tort
Genoux à terre
Il lui reste de se taire
*
Et Sa Majesté
Pour faire belle figure de compléter :
« Chevalier, je ne ferai plus la guerre
Car désormais c’est femme que je vénère
Je n’entends que l’amour qui me guette
Le reste est clopinettes
Alors, Arthur, c’est ton nom ?
Je préfère Artie ce sera ton surnom
Avec mes chevaliers faisons une ronde
Tiens autour de cette table puisqu’elle est ronde
Je vous laisse en héritage
La veuve et l’orphelin, c’est plus sage
Ce soir festoyons du vin de mon Graal
Car demain sur mon aval
Avec Mamie je prends la nationale sept
Je vais à Rome, puis à Sète »
Enfin, mêlant la chanson et le geste
Il fredonne et manifeste :
« Mes chevaliers, et toi Arthur
Voyez, déjà je suis ex-Calibur »
*
Moralité :
Rien ne sert d’être bien né
En ces temps malmenés
Si en forgeant on devient chevalier
Il est rare qu’en chevauchant on devienne forgeron
*
© JPT
Illustration empruntée à la toile :
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