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Le péché et Poutine, le pardon et les dieux.

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Je ne crois pas au pardon, il n’est vrai que si le péché existe. Je ne crois pas au péché. Pour croire au péché il faut rêver aux dieux des Hommes. Seul ces dieux accordent le pardon à leurs créations, dit-on, regardons-nous, parents-dieux, caresser nos enfants dans leurs pires bêtises. Sauf que je ne crois pas non plus en ces dieux créateurs de toute chose, cela est établi, encore moins en leur pardon car ce ne sont pas les dieux des Hommes qui inventèrent le péché, ce sont les Hommes. Si nous, humains, inventâmes le péché, c’est pour nous excuser par avance de nos fautes grâce au pardon à venir. Je commets une faute mais tu me pardonnes, je m’agenouille, j’implore, alors on passe à autre chose… Staline, Pol Pot, El-Assad, j’en passe, comment pardonner, même genoux à terre ?  Parlons-en aujourd’hui à ce Russe, Poutine, à son péché en cours, péché majuscule de chairs mortes, qu’il commet par le bras de ses légions meurtrières, de leurs exactions sans foi ni loi sur les Ukrainiens, ces violences aveugles d’ores et déjà impardonnables. Mais L’Histoire se mange la queue. Hier Adolf et la Pologne, Saddam et le Koweït, Vladimir et L’Ukraine, les nommer par leur prénom est une tentative avortée pour les rendre plus humains, ou moins humains selon le crédit qu’on accorde à l’humain. Encore une fois je fais court car les exemples sont innombrables. Ce que je crois, c’est qu’au long de nos vies personnelles, jaillissent de nous des mots et des actes accompagnés par leurs conséquences directes et indirectes, sur nous d’abord, sur les autres ensuite. Ces conséquences, nous les assumons consciemment ou inconsciemment, mais toujours pour ce qui nous est donné de vie. Pour leur partition, les dieux rêvés des hommes, bien au chaud de leurs nuages, ne réclament pas le pardon, vu que la faute n’est pas dirigée vers eux, vu que ce sont des dieux rêvés, et qu’on ne peut ni leur serrer la main, ni leur offrir une bière. Poutine semble l’avoir compris. Je conviens qu’à l’occasion des mots de colère comme « putain de bordel de dieu » par exemple, on puisse lever les yeux vers le ciel et dire « pardon », de cela je conviens. Au mieux, ces dieux créateurs ne s’attacheraient pas à l’individu mais à l’Humanité et à son évolution pour un Grand Œuvre parfaitement hermétique pour nous autres mortels, trop limités dans nos facultés de penser à nous détruire. Ainsi les dieux des Hommes nous laissent-t-ils avec nos choix, comme pour cet enfant de Russie, sans nous tenir la main quelque soit notre âge ou notre expérience de la vie ; cette dernière en devient courte par les épreuves que nous nous infligeons les uns aux autres. N’est-ce-pas Vladimir ? De fait, il manquera toujours une minute lors de nos derniers instants pour tenter de justifier nos mots et nos actes. Que Poutine et les assassins de tous temps et de toutes confessions entendent.

Pendant ce temps, nos dieux, créateurs du ciel, de la terre et de tout le bazar, les dieux de nos rêves, profitent d’une éternité pour se pardonner de nous avoir créés, car ils savent bien que le mal qui est fait aujourd’hui ne peut se défaire demain.

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© JPT

Illustration : La Bataille de Milvius (Raphaël, détail)