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Je marche en silence

Je marche en silence. Complices, mes pas sur le sable se font discrets. Une fine couche de sucre glace tombée de l’encre de la nuit donne ce matin à la plage cette robe immaculée des noces d’amour. Elles seront de courte durée car le sel qui règne ici privera bien trop tôt la belle ensablée de ses effets d’apparat.

Je marche en silence. Il m’enveloppe. Devant les navires qui sans lassitude s’enlacent dans leur va-et-vient avec l’Angleterre pareils aux amants infatigables, mes yeux sont absents du décor, ils vivent ailleurs, sur des terres distantes, loin de la Terre, aux confins de nos cieux, là où règnent équilibre, bien-être et volupté.

Je marche en silence, rompu aux degrés de l’hiver qui nage en moi, patine sur moi. Devant mon regard en exil, le vide est absolu ; point d’hommes ni de femmes, point d’enfants rieurs ni de chiens pataugeant. Cette société est retirée dans les demeures d’âtre et de chandail. L’humain est immergé dans l’aventure des mots écrits par d’infortunés auteurs qui invitent à une torsion du quotidien, parfois avec succès. L’animal, endormi, vautré, souffle de son flanc creux, noyé dans ses rêves de bête domestiquée. Je vois le tableau, il pourrait être de Jean-Robert Wahl.

Je marche en silence. Sous mon pied de cuir se laissent briser des coquillages égarés, demeures vides de propriétaires à l’éphémère nage. Les craquements réveillent en moi ma présence ici et maintenant, sur cette plage de sel, où soudain je reprends l’esprit qu’on ma confié et qui se répand lentement pour se joindre à d’autres esprits disparus, ces absents si présents qui m’accompagnent sur cette plage et sur la paix de mon temps.

Je marche en silence. Alors que le vacarme en moi à présent est immense, c’est une foule qui danse, c’est une foule qui rie, c’est une foule colorée de la vie, elle m’enchaîne et m’entraîne, vers cette année qui s’empile sur d’autres années comme sur le mystère des heures qui sont les nôtres, ces heures qui sans répit trottent puis galopent vers ce que d’aucunes et d’aucuns nomment volontiers : la Destinée.

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Une bonne année, en paix, en amour, sur vous toutes et sur vous tous !

© JPT