Étiquette : juin

Fugitif

Aujourd’hui est un jour particulier, unique. Symbole de renouveau et d’ardoise qui s’efface, un jour plus efficace que la glace du jour de l’an. En ce premier jour d’été, de redite, tout devient à nouveau possible, comme une remise à zéro du compteur par la lumière. Celle-ci est capitale sur cette côte nommée d’Opale, particulièrement aux yeux de celui qui se tient sur sa terrasse face à la Manche. Vous l’avez compris, ce samedi 20 juin 2020, c’est le solstice d’été dans l’hémisphère nord de notre planète. Comme chaque année, en ce jour unique, le moment est venu. Lui, debout, du sel plein les yeux, se réjouit car outre le fait que la lumière solaire atteint son paroxysme, arrive aujourd’hui chez lui une autre clarté, celle de l’amitié. Il y a les rendez-vous manqués, parfois ceux qu’il faut manquer, et ceux qu’il ne faut pas manquer. En aucun cas. Ce rendez-vous annuel du solstice d’été est de cette dernière danse. Lui c’est Colin. Oui, Colin, comme le poisson, rien de prémonitoire là-dedans, même s’il préfère Jonas, comme la baleine, tant qu’à faire dans la conserve. Son père, après avoir lu L’écume des jours de Boris Vian, avait déclaré à son épouse, alors enceinte de son fils, quand nous aurons l’enfant, ce sera Colin pour un garçon, Chloé pour une fille. La mère en devenir accepte docilement par le filtre de l’amour qu’elle réserve à cet homme volontaire, mais surtout parce qu’elle n’en a rien à cirer. Les parents choisissent, les enfants trinquent. Parfois ce sont les parents qui trinquent et les enfants qui ne choisissent pas. Mais là, pour le coup à boire, le géniteur est à l’eau. Celle du bénitier. Ma foi… Colin donc. Les autres l’appellent le Fugitif. C’est Charlie qui lui a donné ce surnom. A sa raison.

*

© JPT

« Avec vent et marée » (2024)

Renseignements : Menu/Publications