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Fête de novembre

Les cimetières ont été inventés pour que les vivants se mouillent les os. Faut-il croire que célébrer nos chers disparus au solstice d’été alors que la lumière est à son mieux dédramatiserait le genre ? Sans doute. Voici donc les heures dédiées à nos morts, heures des grandes eaux du ciel et des yeux, destinées à laver les pierres horizontales des Chrétiens qui les garniront au passage de fleurs artificielles élevées en Asie. Pour cela au moins point de chamaillerie de foi. Le cimetière est un endroit étrange, comme un immeuble qui dort. J’y ai comme chacune et chacun quelque résident. Parfois je passe le portail et je remonte les allées jusqu’au mur du nord. Je n’y rencontre que le craquement de mes pas sur le gravier. Alors que ceux qui, de leur vivant ont traversé ma vie, font en moi un vacarme assourdissant, ici s’étale le silence. Notez, le silence, ça repose. En ces jours de célébration des morts de nos vies, je veux être gai, car parmi tous ceux qui entretiennent par leur souvenir ma mémoire, chacun m’a apporté un peu de ce dont je suis fait, en me léguant force et courage pour survivre dans le chaos. Aujourd’hui et pour demain encore, je les remercie d’ouvrir devant moi l’album de leurs mines joyeuses. Du coup, le gris de novembre s’efface, la pluie cesse et les larmes prennent couleur d’azur.

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© JPT