La lune pâle se love au creux de la fenêtre. Assis dans ce lit qui repose mon corps, dos contre le mur, je contemple l’astre qui baigne la chambre d’une tonalité de crème pâtissière et me ramène à l’enfance. Je contemple l’astre mais je ne le vois pas, mon regard est ailleurs ; il est sur cette femme aux racines adriatiques qui si longtemps posa le sien sur moi, sur mes rêves, sur mes réussites et mes faux pas. Elle m’a tant accompagné mes mains dans les siennes… Cette nuit elle prend toute la place. J’ai tant de choses à lui dire encore, des mots prisonniers de ma pudeur, des mots que ma pensée verbalise sous le contrôle de cette lune pleine. Je me contenterais d’une phrase de plus. Souvent, avec les amours qui vous quittent, il manque la phrase dernière, l’essentielle, le clap de fin. Ma mémoire entretient ces derniers mots tus, oubliés car trop évidents mais non-dits, ceux qui m’appartiennent et restent suspendus à mon souffle. Leur rôle, je l’entends maintenant, est de serrer le lien et par le souvenir ils m’offrent la proximité d’elle.
Elle, cette femme qui fut ma mère, a quatre-vingt-quatorze ans demain et du balcon de son éternité je sais qu’elle me regarde.
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© JPT
