Étiquette : plage

Peut-être l’éternité

Ce matin je suis installé à ce bar éphémère de plage, bâti sur le sable de Calais.

De mon transat bleu océan, je regarde la mer. La serveuse au teint chocolat à croquer m’a servi, outre une théière dans laquelle infuse un Earl grey qui me réconcilie avec Londres, un sourire éclatant accompagné d’un verre d’eau. Délicate attention. Il y a des jours tendres et soyeux. Aujourd’hui est de ceux-là.

Je suis donc là ce matin, face à la Manche, à contempler le jour qui se consume sous la chaleur d’août. Plus loin, sur le sable, un couple vient de se poser, bardé d’un parasol, de serviettes, d’huile solaire et de maillots de bain. Au terme de la plage, la mer chahute les coquillages endormis par la marée basse. Sur le flot navigue quelques voiles, les car-ferries dans leur ballet de desserte, et derrière eux, sur l’horizon s’épuisent les porte-conteneurs, monstres d’acier voguant sous le pavillon du consumérisme. Plus loin vers le nord ce sont les bocages anglais et l’Écosse de Nessy, puis l’Islande, ce rocher noyé, redoutable de force et de beauté. Après lui s’impose le Groenland et sa mer glacée. Au-delà du détroit de Davis, alors que l’océan arctique vit son présent en voisin gelé de l’immensité blanche, se présentent les territoires du nord-ouest canadien jusqu’en Colombie britannique. Déjà voici le Pacifique Nord, Hilo, Honolulu, son bleu profond emmène en Nouvelle-Zélande, Auckland, Wellington. Bientôt c’est une autre univers blanc, où l’humain n’est que toléré, la base antarctique de Concorda, puis celle de Davis, encore lui, avant de rejoindre les terres australes françaises, ces îles sorties de notre mémoire. Bientôt, au terme de cet océan qui flirte avec l’atlantique sud, voici l’Afrique qui nous vit naître, nous autres de la race des humains, Lesotho, Eswatini, puis la Zambie, le Congo pour rejoindre la Libye et virer enfin sur Palerme, Italie, et sa douceur de vivre. A présent c’est la mer tyrrhénienne qui baigne l’île corse, belle et rebelle, et la Méditerranée, Monaco, paré de son luxe épuisant qui ouvre les portes de France où ma mère me donna au monde, un pays riche de cultures, servi de paysages éblouissants, c’est une chance d’y vivre encore en paix. Voici enfin le nord du pays, sa délicieuse côte d’Opale qui a su m’accueillir – non sans effort -, et cette plage dont le sable sous mes pieds m’invite par ce voyage circulaire à envisager l’éternité.

Ce matin, j’ai fait le tour du monde.

© JPT