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« Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe pas de comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait sur scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse, car l’esquisse est toujours l’ébauche de quelque chose, la préparation d’un tableau, tandis que l’esquisse qu’est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau. Einmal ist keinmal, dit le proverbe allemand, une fois ne compte pas, une fois, c’est jamais. Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas pouvoir vivre du tout. »
(Milan Kundera)
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JPT
Extrait de « L’insoutenable légèreté de l’être »
Illustration : Picasso

Avoir à porter, à accompagner des parents défaillants, soutenir des enfants dans la force de l’âge . Lutter et expérimenter des ruptures, qu’on a pas souhaitées, même si on pressent y être pour quelque chose. Plusieurs vies, et aussi de nombreux (re)commencements. Je me pense comme ce meuble de Baudelaire, encombré de bilans, de procès et de conflits, d’amours plus ou moins terminés, alors que mes « cheveux roulés dans des quittances » figurent l’entrelacs des soucis pécuniers et des élans du cœur. Je suis en quête d’ un chemin. Quelle qu’en soit l’obscurité. Parce que l’obscurité n’empêche pas d’avancer, même si le cheminement est anxiogène. Avancer sans savoir, sans savoir encore, puisque le savoir se gagne justement en avançant.
Ces plusieurs vies que je pense avoir traversées, non sans dégâts, constituent progressivement le tressage de mon existence, avec ses arrêts, ses rythmes changeants, ses crises et ses stases, une existence syncopée mais c’est la mienne.
Vie que je trouve être belle de par sa singularité et ses merveilleux moments : l’amour était au rendez-vous même si … ; La passion violente dévorante et destructive aussi…; La naissance des enfants, instants merveilleux puis des petits enfants comme un miracle, une renaissance, une nouvelle jeunesse, une nouvelle vie encore une autre celle de grand-mère .
La vérité ne se situe pas seulement en arrière, au cœur de ce meuble à tiroir aux parfums surannés.
Elle est aussi en avant, à découvrir ou à édifier dans tous les p’tits bonheurs quotidiens que nous trouvons sur le chemin comme des cailloux qui nous indiquent une nouvelle voie celle de la sagesse, de la maturité, et de la sérénité .
Il est bon de ne plus être jeune, d’être enfin dans l’acceptation de la vie, de tous ses tracas, de toutes ses merveilles aussi, de prendre le meilleur sans plus se poser de questions, d’accepter enfin ce qu’on ne peut changer …
Mais, il n’y a pas seulement cela, il ya quelque chose qui doit ressembler à l’espérance. Ne jamais sombrer dans le spleen évoqué par Baudelaire , » l’hiver de l’âme », j’ évite pour ma part cette complaisance .
La vie nous nous devons de la croquer juqu’au bout .
Et pourquoi pas encore une nouvelle vie juste avant …
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Merci Catherine pour votre abonnement ici et pour ce long et sincère commentaire aux subtiles références. Il est désormais établi que le meuble généreux à tiroirs et secrètes caches si cher à M. Baudelaire est la juste métaphore de nos existences. Alors même si le bois grince, qu’il se terni, la patine n’en est que plus charmante. 😎
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