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Sur Neptune il n’y a que deux saisons. La saison sèche et celle des eaux.
La saison sèche est terminée. Les terrasses se vident peu à peu de leurs habitants. Ici, nul besoin de toiture, car au cours de la saison sans pluie les températures sont délicieuses de jour comme de nuit.
Ce matin, les oiseaux s’en vont, l’enfant les voit, elle ne manque jamais ce moment, il est spectaculaire. Des milliers d’oiseaux au plumage émeraude couvrent un ciel qui verdoie à leur passage. Le vol massif des longs becs indique la venue du déluge et de la saison des eaux. Quand la pluie commence à tomber, sa violence est inouïe et il est impossible de sortir, aucun abri ne résiste, aucune embarcation ne peut tenir le flot sans être noyée par lui.
L’enfant admire les oiseaux. Elle adorerait chevaucher l’un d’entre eux pour être menée en aventure au loin, là-bas sur les cimes de ce monde, vers les montagnes du nord dont elle rêve mais qu’elle ne peut contempler. A présent que les oiseaux ont disparu, que seul l’écho de leurs cris s’attarde un peu, le ciel sur l’horizon s’assombrit déjà.
La mélancolie a gagné l’enfant ; elle dirige son pas vers l’escalier de pierre bleue. Il l’emmènera vers la Cité des Dessous qui la protégera, avec les siens, de la grande inondation qui s’annonce. Là, elle attendra dans la lumière artificielle et l’air domestiqué que les eaux se retirent laissant à la terre de Neptune les éléments essentiels pour sa culture.
Puis un jour prochain, l’enfant gravira l’escalier vers l’azur saturé par le bleu d’une saison nouvelle. Alors les cris des longs becs qui reviennent se mêleront aux cris des femmes et des hommes qui danseront leur joie de vivre pour un temps encore et célèbreront les jours de lumière, de douceur et d’amour.
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© JPT
Illustration : dessin Hedwig Kollin, couleurs Jean-Pierre Tondini

Bonjour Jean-Pierre comme c’est beau, tellement bien écrit, tellement bien décrit que je la vois cette enfant, je sens sa mélancolie quand elle emprunte l’escalier pour aller vivre à la « cité des dessous », bien protégée de la violence de Neptune et je la vois radieuse remonter l’escalier de pierres bleues, je vois les oiseaux … j’imagine beaucoup de choses à la lecture de ce texte. Merci. bon après-midi MTH
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