De ma paresse

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Moi, je suis paresseux, oui, paresseux, citoyen paresseux, ma patrie est la paresse, et sur ces terres point de violence, de vilenie, de différences, point de concupiscence. Point de tout. Car la paresse a cet avantage sur l’activité, c’est qu’elle ne fait pas de connerie.

La paresse… On a tant dit, tant écrit. Mais que précise le dictionnaire ? Dans sa première définition il indique la paresse comme un goût pour l’oisiveté, un comportement pour éviter l’effort. Le mot viendrait après plusieurs distorsion du latin piger « qui répugne à ». Soit.

Le paresseux répugne donc à l’action, il est souvent blâmé pour cela : «  Mon gamin, un foutu paresseux en classe, comme son père ». Non madame, votre gamin n’est pas un paresseux, c’est un rêveur.

Qu’est-ce en vérité que la paresse ? La paresse est un état premier de béatitude qui consiste à se placer sur un plan extérieur à notre réalité pour toucher au sublime de l’esprit. Voilà.

Vous êtes-vous déjà laisser entraîner à la paresse, les yeux vidés de votre quotidien, à attendre simplement que rien ne se passe ? Attention, je ne dis pas que c’est facile. C’est un art, et comme tout art, il faut verser à l’effort pour approcher la volupté. Avez-vous déjà senti cette volupté à ne rien faire ?

Personnellement je vous l’ai avoué, je suis adepte, que dis-je, je suis disciple. Si je devais embrasser une foi, ce serait sans aucun doute celle de la paresse. Quand je pense à une certaine religion qui a jugé la paresse comme péché capital, elle aurait mieux fait de la classer comme miracle…

C’est d’ailleurs dans ces moments de rien, que tout arrive alors qu’on ne le demande pas. Combien d’artistes sont paresseux ? Une légion.

Dans cet esprit, la paresse devient le contraire du rien faire, elle devient le moteur à essence essentielle à la création, au rêve, au fantasme, à la réflexion, au retour sur soi, par extension à la méditation, mais la méditation dans la volupté, maître-mot.

Que faut-il pour atteindre cet état ? Ce n’est pas gagné.

Voici une piste…

D’abord, il faut endroit confortable, à chacun de le définir, pour ma part c’est un fauteuil. Comme moi la vie l’a traversé. Il a passé tant d’aventure de son cuir vert à mon corps vautré qu’il aurait pu être Jules Vernes. D’ailleurs mon fauteuil s’appelle Jules. Bref, après avoir figé l’endroit et la chose qui seront les outils de votre paresse, il faut un petit travail sur soi. Oui, on a rien sans rien non plus. Par exemple, éviter de raser sa barbe pour les hommes ou de maquiller son visage pour ces dames. Un minimum, pour que cela ait de la gueule.

Le dos doit être rond sur le dossier du fauteuil, la tête dans les épaules, les pieds nus ou chaussetés suivant la saison, posés sur une table basse en bois de préférence. Les vêtements évidemment ne ressemblent à rien de connu de notre civilisation.

Pour moi c’est un fauteuil mais ça marche fort bien avec un canapé. Mais attention cependant au danger de verser dans le sommeil, car le sommeil n’est pas un état de paresse. C’est le sommeil quoi.

Quand tous les éléments sont réunis, il faut, c’est l’essentiel, arrêter de penser, laisser son esprit vagabonder, les yeux mi-clos, loin, très loin. Peut-être s’accompagner de quelque note de piano égarée qu’on aura pris soin de charger sur son lecteur. Oui bon, j’écoute encore des cédés, ça va…

Et là, si on est consciencieux, une torpeur doucement s’installe en nous, nous détache du décor, nous emmène dans ces paradis perdus de l’esprit, entre sommeil et conscience ; nous vivons cette belle idée que la vie qui nous brise est d’un autre monde, loin au-dessous de nous et qui soudainement n’a plus vraiment de la raison d’exister.

Essayez.

Sur ce, vous m’avez fatigué avec ces explications, je dois me reposer, ce n’est pas vous qui le ferez à ma place.

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© JPT

Illustration empruntée à la toile

2 réflexions sur “De ma paresse

  1. Bonjour Jean-Pierre quel billet en l’honneur de la paresse que vous élevez au rang de vertu et vous avez raison, je ne sais pas qui rédigé les 10 commandements mais je ne pense que Dieu (moi, je suis catho et croyante, plus croyante que catho en vrai) ait demandé de faire de la paresse un péché capital, de même que la gourmandise, le Dieu auquel je crois veut notre bonheur, notre bien être et dans votre billet la paresse me semble parfaite, nulle violence. C’est pas facile de lâcher prise c’est sûr, mais il est bon d’essayer. Je vois bien votre vieux fauteuil, Jules , un clin d’oeil à Jules Verne ? l’écrivain qui m’a fait rêver toute mon adolescence quand je n’avais pas le droit de sortir le jeudi après-midi, moi aussi j’ai un endroit où je me réfugie sauf que maintenant il n’existe plus, tant pis, il est pas loin dans ma mémoire. J’ai beaucoup aimé votre billet . Je vous souhaite une bonne journée ici bien automnale grise et pluvieuse Bien amicalement MTH

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  2. J’ai toujours aimé les paresseux. Pardi ! Il y a 5 ans, j’ai eu la révélation de mon existence, du côté de Kourou. J’ai vu, à quarante mètres de hauteur, un petit paresseux qui me regardait. Ce sont ses yeux que j’ai vu. En fait, il était accroché à sa mère. Je les ai regardé·e·s de loin, pendant vingt minutes. L’élégance et la fluidité des mouvements de ces deux là étaient juste époustouflant·e·s. Des Maîtres en taïchi !
    Belle journée, Jean-Pierre.

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