Le Dragon de Soie

(…)

Je garai mon véhicule le long de la route J8 lk8, juste en face de l’entrée 8 ou ks la J8 . kILa façade, rose, frappait l’œil et détonnait avec la sobriété des immeubles dans l’alignement. Quelle commission chargée de l’urbanisme avait accepté une teinte aussi prononcée dans un contexte d’une sobriété presque germanique ? Le pouvoir de persuasion de nos amis asiatiques, j’imagine. J’entrai. Le carillon – un grand classique – accentua de fait mon geste à pénétrer l’exotisme. L’endroit était déjà bien habité : presque toutes les tables étaient prises. Une femme aux traits extrême-orientaux, fourrée dans une robe de soie rose – évidemment – m’accueillit tout sourire. Elle était mince comme une enfant, les lignes de son corps étaient délicates, il était difficile de lui donner un âge, plus de trente ans peut-être. « Bonjour Monsieur, puis-je vous installer ? » Son accent ne contrariait en rien le bridé de ses yeux. Elle me proposa une table pour deux à proximité du buffet autour duquel de nombreuses personnes se servaient de la nourriture crue qu’ils apportaient ensuite au chef qui la cuisinait au vu de tous. Il disposait les viandes et les légumes agrémentés des sauces adéquates sur une plaque de cuisson, et préparait ainsi devant les yeux de la clientèle le menu qu’elle avait choisi. La formule buffet à volonté semblait faire des émules et ce type de restauration, accessible et de qualité, commençait à se répandre alors dans la région.
Un jeune homme affichant la vingtaine, au type caucasien cette fois, s’approcha de moi :
« Bonjour, que voulez-vous boire ? » Je commandai une bière chinoise et avant qu’il ne s’en aille, je lui montrai la photo d’Eric. Il la regarda un moment, m’observa posément, s’excusa, puis disparut. Il revint quelques minutes plus tard avec la bière : « Il est arrivé quelque chose, me dit-il ?
— Pourquoi me demandez-vous ça ? lui répondis-je, prudent.
— La photo, que vous m’avez montrée…
— Oui, la photo… Vous connaissez ce jeune homme ?
— Vous êtes qui ?
— Une connaissance, je voudrais lui parler.
— Il a des ennuis ? C’est le genre. Vous êtes fli.., de la police ?
— Pas du tout, ni flic, ni privé, rien de tout ça… Vous le
connaissez ? »
Le jeune homme me scruta encore un moment. Les clients de la table derrière moi l’appelèrent. Il m’abandonna pour prendre la commande. Avant de rejoindre le comptoir il me lâcha : « Pas ici, je quitte à dix-sept heures, je vous parlerai dehors. Je m’appelle Olivier.
— D’accord Olivier, moi c’est Jonas. »
Puis il se remit au travail sans s’occuper de moi.

(…)

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© JPT

Extrait du roman « L’état jubilatoire de la désillusion » (2020)

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2 réflexions sur “Le Dragon de Soie

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