Cahiers et cheveux sombres

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J’étais dans une salle de classe de grande proportion. Le plafond était très haut, de larges fenêtres éclairaient avec pâleur l’ensemble, je sentais au-dehors la saison mauvaise. Nous étions peu d’élèves, une quinzaine, installés à bonne distance les uns des autres, studieux, têtes baissées sur nos cahiers. Dans un silence de cathédrale j’entendais les plumes égratigner le vélin. Sur une petite estrade devant nous, le bureau du maître d’école ; ce dernier parcourait un précis. Je voyais la classe dans son ensemble et en même temps j’étais un élève assis parmi les autres. Devant moi, sur ma gauche, il y avait ces cheveux sombres, parfaitement lissés, coupés à la nuque d’une manière égale. Mes yeux étaient rivés sur le cou frêle, je ne pouvais m’en détacher. La tête se tourna vers moi, le visage m’apparut : c’était Louise du Club 80. De ses onze ans, elle me regarda un instant puis elle reprit son travail. J’avais envie de fondre en larmes. Je m’éveillai. Pendant plusieurs secondes d’une éternité, je ne savais plus où je me trouvais, quel était cet endroit, cette chambre, que faisais-je dans ce lit ? La lumière entrait en force par les frontières des tentures tirées sur la fenêtre. J’avais mal aux yeux, un peu la migraine, je nageais dans la mélancolie. L’hôtel, oui, l’hôtel, putain, Le Relais Des Neuf Sens, c’était là que j’étais.

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© JPT / L’état jubilatoire de la désillusion

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